Le point de départ de l’exposition est un tract. En mai 1926, lors de la présentation parisienne du ballet Roméo et Juliette de Serge de Diaghilev, dont Miró a réalisé les costumes, André Breton, Louis Aragon et les surréalistes tentent d’interrompre la pièce et jettent dans la salle un texte intitulé Protestation. Le commissariat, assuré par Carles Guerra et Lauriane Gricourt, directrice des Abattoirs, en fait le fil rouge d’un parcours chronologique qui montre comment Miró retourne la contestation contre sa propre peinture.
Dès la fin des années 1920, l’artiste se tourne vers la danse et vers des matériaux inhabituels, peignant sur toile brute, sur papier de verre, mêlant sable et goudron : ce que l’exposition appelle un premier « assassinat de la peinture ». Réfugié en France en 1937, il suit les cours de l’académie de la Grande Chaumière, puis la guerre d’Espagne et le franquisme nourrissent une œuvre de plus en plus radicale, faite de matériaux pauvres, de formes brutales et de corps difformes.
Le parcours s’attarde sur les années 1970, quand Miró s’entoure d’une génération d’artistes militants : le tapissier Josep Royo, le cinéaste Pere Portabella et la troupe de théâtre La Claca. Ensemble ils conçoivent une « mise à mort » collective de la peinture et du dictateur. On y découvre un ensemble exceptionnel de tapisseries produites à Tarragone avec Josep Royo, les costumes de la pièce Mori el Merma (1976), librement inspirée de l’Ubu roi d’Alfred Jarry où Ubu prend les traits de Franco, et les films de Portabella qui ponctuent la visite.
Peintures, dessins, lithographies, sculptures, photographies et costumes viennent de la Fundació Joan Miró à Barcelone, du musée Reina Sofía à Madrid, de la Fondation Maeght, du Mucem ou du musée d’art moderne de Céret. Le résultat est un portrait inédit d’un artiste qui contredit l’image du créateur solitaire, et qui ne cesse de contester son propre travail.
Plus d’infos : lesabattoirs.org
Joan Miró, Josep Royo, Tapís de Tarragona, 1970, tapisserie, 280 x 400 cm, Museu d’Art Modern de la Diputació de Tarragona © Successió Miró / Adagp, Paris, 2026 ; photo : Diputació de Tarragona, Arxiu Fotogràfic MAMT / Lila Alberich












