À l’heure où l’IA, les arts virtuels et les machines de pointe concurrencent dangereusement un art multimillénaire, il était pertinent de réhabiliter la main, instrument du geste et du toucher. Main qui, à bien y réfléchir, fabrique la pensée à partir de la matière. Cette expo rassemble des pratiques manuelles diverses allant du tressage (Clara Denidet) ou du tissage (Elise Peroi) voire de la broderie (le conteur Pascal Monteil) à l’inévitable céramique (Soyoung Hyun, les blousons de Ninon Hivert), en passant par le travail du verre (de Murano, selon J.-M. Othoniel). L’artisanat, et le savoir-faire, au féminin, sont ainsi réhabilités et rendus visibles tout en accédant aux arts majeurs. Les matériaux s’avèrent en conséquence assez divers eux aussi : le bois dans les trois sièges lunaires de Nils Alix-Tabeling, le bronze pour les clous de la Coréenne Yoonjeong Lee, la paille tressée par Emma Bruschi, le laiton martelé choisi par Rodrigo Hernández pour la fleur tendrement tendue à l’être aimé, les perles de cristal qui ornent le tabouret du duo JN Mellor Club…
Même constat pour les objets ayant inspiré les artistes, dont la plupart font partie de l’univers domestique, ou proche de la Maison, ce qui justifie le titre retenu en définitive : étagère de Charlotte Dualé avec carreaux émaillés, balustrade et vase muraux de la pionnière du genre, Betty Woodman, vêtement vernaculaire de Théa Gvetadze, draps teints et mis en échelle du duo Île/Mer/Froid, gants (de béton) de Ninon Hivert, hamac (de dentelles) de Marie-Ange Guilleminot, outils du duo montpelliérain Picard & Schreckensberger, nénuphars du collectif Xolo Cuintle… Et même guitare du designer Jacques Averna, instrument manuel par excellence. La main est évidemment omniprésente : on le constate d’emblée avec les dix empreintes modelées dans le verre d’Arnaud Vasseux qui ouvre l’expo. Elle sert pour tisser, tresser ou broder, pour modeler la céramique, pour marteler le métal ou façonner les clous et autres outils. Elle interpelle toutes les générations, des plus jeunes invités pour la plupart des années 90, au regretté Marcel Robelin, spécialiste des matériaux fragiles et de la cendre, en passant par feu Betty Woodman, ou plus près de nous, la Marseillaise toujours bien active Marie Ducaté et ses sourires masqués (qui n’a pas attendu ces dernières années pour s’intéresser aux techniques ancestrales). Bien évidemment l’intérêt de l’exposition réside dans la confrontation des pièces choisies par les deux commissaires et leur distribution dans l’espace. La visite se veut progressive, de la maison introductrice à sa dissolution dans la transparence et la lumière finale en passant par des présences discrètes d’objets quotidiens. Enfin, qui dit main dit corps et par là même mouvement. Le premier traverse le travail sur verre de Javier Perez. Le second, la Dansereuse d’Hélène Bertin, qui se profile sur quelque paroi domestique comme une partition de gestes à exécuter.
À l’étage, un diptyque vidéo et des écritures gravées sur bois en hommage à la grand-mère algérienne de Nesrine Salem : For Kheira. Il s’agit d’un devoir de mémoire autour d’un double tournage, maternel et filial, autour du mausolée de Sidi Salah. Une œuvre de transmission et d’héritage. BTN
Plus d’infos : crac.laregion.fr
Rodrigo Hernández, Flower for Boyfriend, 2025, laiton martelé à la main, 95,5 × 70,5 × 2 cm. Courtesy de l’artiste et de la Galerie P420, Bologne. Photo : Carlo Favero












