L’animal joue également un grand rôle, en particulier la bête de somme, l’âne, qui prend parfois forme humaine, quand il n’est pas imité par les humains, grands ou petits. Un autre animal vole, c’est le cheval qui annonce le déluge bien proche. Tel Pégase qui aurait perdu le sens de l’orientation et se retrouverait privé de ses repères et donc de son équilibre. Les hybridations liées à l’animal nous rappellent la leçon des mythes antiques qui métaphorisaient la double nature de l’homme. Lekleti se forge un bestiaire symbolique, où le chien et le singe se taillent la part du lion. Sans doute trouve-t-on dans chaque animal un peu de nos attitudes : la propension à dominer les autres, la servilité, la ruse et inversement la capacité à servir fidèlement, l’affectueuse compagnie, la disposition à faire rire, à divertir…
Autre élément figuré : la machine, la mécanique, la roue… Plus tard, la balance, la fiche électrique, le micro, la prothèse et même le miroir… tous ces objets qui ne font que prouver notre imperfection originelle, laquelle a décuplé notre faculté de penser le monde et de pourvoir à sa transformation. Les ballons, comme sortant de la tête, semblent signifier cette impulsion. Ils figurent la pensée qui nous élève. La tête et la main ont contribué à fabriquer tout cela. Pas étonnant de les retrouver dans les thématiques chères à Lekleti qui cherche un sens à tout ce qui se crée. A commencer par notre monde. Mais aussi le sien, son univers pictural, dont il est le co-créateur (le visiteur étant l’autre) ou le re-créateur (il nous invite à la re-création du monde tel qu’il le conçoit, différemment du commun des mortels). De ton flanc éternel sortit l’humanité. Titre d’un tableau.
Toute binarité est faite pour être dépassée. Or pour l’artiste, le meilleur moyen de résoudre les contraires, le fil conducteur, l’élément de liaison, c’est encore son activité. L’art. L’art est long et le temps est court pour qui entend se mettre à l’ouvrage. Cela suppose un travail sur soi-même. L’art de Lekleti dépend largement de sa double culture. Il a choisi la 3ème voie, celle qui consiste à ne renier ni l’une ni l’autre mais de faire en quelque sorte la synthèse des deux (et sans doute d’ouvrir d’autres voies au-delà…). Ou de relier, au fil de sa progression, la richesse du passé culturel à l’actualité la plus brûlante. C’est le meilleur moyen de trouver un équilibre tel celui recherché dans son fameux dessin Liberté Egalité Fragilité. Précaire mais bien existant. Il faut reconnaître cette précarité de l’existence si l’on veut en faire un facteur de fermeté, de solidité. Car l’homme est ainsi fait qu’il peut faire de la reconnaissance de ses faiblesses une force. C’est tout à l’honneur de l’artiste de le lui rappeler et de faire de cette force un élément constructif pour notre avenir.
BTN
Plus d’infos : frac-om.org
Photo : [à compléter]












