La Panacée demeure dans le domaine des beaux-arts (en écho au MO.CO.) puisqu’elle invite seize artistes formés à ceux de Paris par Djamel Tatah néo-montpelliérain émérite, récent invité du musée Fabre. L’esprit de l’atelier nous permet de vérifier la bonne santé de la peinture, majoritairement figurative en France. La bataille autour de son retour semble gagnée, du moins temporairement, comme celle des savoir-faire réhabilités autour de la tapisserie ou de la céramique. Les artistes sont jeunes et les beaux-arts de Paris pérennisent le caractère cosmopolite des différentes écoles qui s’y sont succédé : Djabril Boukhenaïssi ouvre la voie et donne le ton, lui qui semble peindre avec légèreté et transparence son univers familier et ses souvenirs intimes dans une atmosphère à la Redon. Lui succède, Mathilde Denize qui surprend par ses deux hautes sculptures sur céramique où le vêtement se fait armure tandis que ses peintures font la part belle à la figure du cercle, dynamique et dansant. L’énigme picturale demeure dans les Jardins secrets de Clémence Gbonon qui joue avec ferveur sur l’effacement et la révélation, un peu comme dans nos rêves au réveil où certains objets se maintiennent.
L’Algérien Bilal Hamdad puise dans la réalité quotidienne du monde contemporain quand il peint les terrasses de cafés urbains, ou dans la grande peinture dans ses séries inspirées d’Ophélie sur fond sombre. Pierre Pauze présente une installation de smartphones géants, sur fond de fresque, recourt à des images bricolées au montage ou grâce à l’IA dans une volonté de créer la surprise, sans doute aussi l’amusement et la distanciation critique. Blaise Schwartz perturbe nos repères en décalant des portraits d’animaux ou en réduisant les paysages à des miniatures accumulées. Léo Dorfner voue un intérêt évident aux images qu’il collecte et répertorie dans des compositions soignées. Dans les coursives, Kenia Almaraz Murillo nous vient de Bolivie et pratique le tissage matriarcal, Tristan Chevillard met en exergue les enseignes lumineuses sollicitant les animaux fabuleux de notre territoire.
La Sri-Lankaise Nina Jayasuriya dépose des seaux de terre cuite et des pièces à vœux qui s’oxydent. Elle travaille la céramique et fait aussi intervenir des colliers de gélules qui nous rappellent que nous sommes dans une ancienne école de pharmacie. Dans la grande salle : Zélie Nguyen se démarque nettement du minimalisme en peinture et fait penser à des enluminures médiévales, quelque peu oniriques et fraîchement naïves. David Mbuyi est congolais et pratique une peinture qui nous rend proches à notre tour des personnes qu’il affectionne et qu’il place dans un environnement naturel… Fabien Conti, d’origine franco-martiniquaise, propose sa vision singulière de la nature, notamment des Herbes, les arbres ou des grands paysages, avec un soleil enflammé. Dora Jeridi revisite brillamment et en grand format, en le rajeunissant le Guernica de Picasso dans une débauche d’énergie qui lui vient sans doute de sa vie new-yorkaise. Elle aussi révèle en effaçant. Les toiles de Raphaëlle Benzimra sont saturées de références et de figures, à la boxe, au Paradis Perdu de Milton, à l’enfer et à sa symbolique. Elles peuvent rappeler l’art moderne des années 20. Et pour finir, Rayan Yasmineh cherche à combiner Orient et Occident, modernité et tradition dans des portraits majestueux ou des scènes grouillantes.
Il suffit de regarder les toiles dépouillées de Djamel Tatah (il en est une dès l’entrée) pour réaliser que son influence n’est guère écrasante, que les élèves se démarquent du chef d’atelier et que chaque artiste a su développer sa propre singularité.
BTN
Plus d’infos : moco.art
Photo : Zelie Nguyen












