« Avec l’expérience du Cailar, écrivait le regretté Michel Zoom en août 1995 (cf. tendances du Sud), l’art ne se contente pas de descendre dans la rue, pour le bonheur de tous, il s’y installe ». Chacun peut le constater trente ans après, où la signalétique conçue par François Boisrond et insufflée par Jean-Marie Bénézet (infatigable animateur, des années durant, de CAC du Cailar), fait de ce petit village camarguais, un lieu d’art unique en France.
Toutefois, si les rues conservent les panneaux des commerces et artisans locaux, témoignant parfois d’un passé révolu et conservant ainsi la mémoire du village, ou encore des lieux publics, les dessins originaux dormaient dans quelque endroit secret, fermé au public. C’était dommage, d’autant que Boisrond est un artiste important, reconnu (cf. Musée Paul Valéry), et qui incarne le bouleversement figural, radical et controversé à l’époque, éprouvé par l’art français dans les années 80. Jean-Marie Bénézet, qui avait réussi à fédérer les instances commerçantes du village tout en répondant à une sollicitation de la Fondation de France, avait précisément choisi un artiste dont l’art se prêtait à une telle proposition inédite : dessin simplifié, cloisonnement des couleurs, proximité avec l’art que l’on ne disait pas encore urbain, expérience du logo…
Les dessins préparatoires sont ainsi montrés une dernière fois, Galerie du bonheur où JMB réside et occupe son atelier d’encadreur, durant tout le mois de mai minimum, avant de rejoindre le Miam de Sète, musée d’art modeste, dont la réputation n’est plus à démontrer.
Modestes, les formats le sont précisément, chaque activité étant emblématisée par une scène : un couple de mariés à la mairie, une infirmière à domicile sortant de sa voiture, un lecteur de journal au tabac-presse… Pour des questions de lisibilité optimale, l’artiste a limité sa gamme à quelques couleurs emblématiques, une seule par dessin, assortie de noir sur fond blanc. Bien d’autres choses sont données à voir notamment le grand panneau d’entrée représentant le Sanglier, ce fameux taureau qui fait corps avec une commune aux traditions taurines ancestrales.
Plusieurs estampes sont également proposées, dont La manade, le vigneron, les arènes (et son raset) et surtout celle qui met en abyme l’artiste : François Boisrond illustre le Cailar.
On peut contacter l’instigateur de cette exposition, et également consultant artistique, au 0881497087 ou par mail jm30740 @orange.fr .
Michel Zoom ne s’y était pas trompé. L’initiative ancienne est devenue exception. Il faut vite en profiter, même si la signalétique demeure et est devenue œuvre pérenne. BTN