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Labège | Avec « Codetta », Guilhem Roubichou explore le déclin de la nature à la Maison Salvan jusqu’au 22 mars

21 Fév 2025 | Arts plastiques, Expos, Haute-Garonne

Artiste impliqué dans son époque, l’Ariégeois Guilhem Roubichou met ses formes et matériaux de prédilection au service d’une cause, l’écologie, faisant ainsi des activités artistiques non un jeu spéculatif et formel, mais une sorte de nouvelle avant-garde, eu-égard aux mutations profondes que nécessite dorénavant notre mode de vie.

Dans le même ordre d’idée, sa production se distingue par sa fascination pour l’hybridité sous toutes ses formes : qu’il s’agisse d’allier l’industriel au rural (Comment faire des fleurs avec du goudron, en tas de préférence), l’ancestral à l’ultramoderne (projection de poussière de briques sur un mur de ciment) ou dans sa façon quelque peu empirique de mêler le son, et surtout l’olfactif, à ses assemblages sculpturaux. En fait, ses matériaux, il les trouve essentiellement dans ses zones périphériques qui s’étendent autour des villes et conservent un petit pied dans la campagne. Ici aussi, fruits ou fleurs de la nature et de l’industrie s’unissent pour le meilleur. Prenons ses séries de Brise-vues, utilisés pour séparer les propriétés. Roubichou les soumet aux caprices du temps de sorte qu’apparaissent des mousses qui jouent ainsi telles des peintures naturelles sur un support industriel. Le vivant se rappelle à notre bon souvenir et annule partiellement la dénaturalisation galopante. On le voit dans Domestic Biotop, où un bricolage complexe (pot, céramique, brumisateur, PVC…) sert de support à une plante, la Tillandsia. On est ainsi dans l’entre-deux, dans le périphérique, en définitive l’hybride. Les antagonismes peuvent cohabiter et la tendance générale s’infléchir devant la réalité des faits avérés, issus de l’expérience.

L’artiste se fait alors l’adepte du recyclage, ainsi que l’indique l’une de ses œuvres, Les résurgentes. Les sacs en plastique deviennent des sculptures zoomorphes. Un robot-laveur peut se découvrir peintre à partir du moment où il produit des éclaboussures de bleu, constellation de traces et signes. Une étagère en métal, combinée, peut devenir tableau, travaillé à l’acide et laqué. Certains objets proviennent de lieux laissés à l’abandon, telle cette ancienne briqueterie de son village, Saverdun, à qui il emprunte bureau et fauteuils mêlés à de vieilles dentelles venues d’ailleurs. Et aussi des bouteilles de bière, une lampe tueuse d’insectes, des objets présents dans l’atelier, d’anciennes réalisations, des captations d’air, de mauvaises herbes… Un concept qui lui correspond bien est celui de bricolage (et sa source, le glanage) tel que le définit l’anthropologue Lévi-Strauss qui l’oppose à l’ingénierie comme plus empirique, plus hasardeuse et prospective, à dominante manuelle.

On devrait retrouver un peu de toutes ces expérimentations dans les divers espaces de la maison Salvan. Avec une forte prégnance de ces odeurs qui conservent la mémoire affective et que Roubichou s’est ingénié (si j’ose dire) à capturer en flacon dans une installation qui se veut cage à parfums. Dans l’un de ses assemblages, il prête aux matériaux artificiels utilisés des références naturelles et productives : un pain d’argile incarne la terre, du goudron routier des sédiments, une lampe à UV, le soleil. Ne pas oublier le titre Codetta qui renvoie à la musique pour désigner une fin, mais fort heureusement temporaire. L’art peut différer l’échéance… L’enrayer ?

BTN

Plus d’infos : maison-salvan.fr
Photo : Vue de l’exposition « Codetta » – © Vincent Boutin

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