Les jeux vidéo occupent, et ont occupé, une part non négligeable dans les loisirs d’une certaine jeunesse. Il n’est donc guère étonnant que les artistes se soient emparés de leur potentiel créatif d’une part pour les enrichir de leurs propositions spécifiques, le plus souvent engagées (écologie, colonialisme, féminisme, excès du capitalisme…), d’autre part pour ajouter une nouvelle pierre au domaine exclusif des arts plastiques. Ainsi le Grenier à Sel, en Avignon, toujours à l’affût de la moindre avancée technologique, a-t-il invité quelques individualités et un collectif, venant d’un peu tous les continents (Afrique, Amérique, Asie et Europe, dont la France), à présenter leurs réalisations sur le thème de (Dé)jouer les mondes. En dénoncer les abus de manière à le remettre sur rail, sur des voies moins désespérantes.
Les artistes des trois premiers continents s’intéressent en premier chef aux sujets brûlants tels qu’ils les vivent sur place. Aussi le brésilien Lucas Lugarinho nous rend-il sensible à la destruction de la forêt et nous demande-t-il d’endosser le rôle ludique d’un audacieux professeur à même d’éviter l’irréparable (Pacifier). Le colombien Camilo Sandoval imagine deux camps en lutte ouverte : ceux qui « dé-forestent », ou si l’on préfère déboisent, pour des raisons économiques évidentes, ceux qui détruisent les mines afin de pouvoir « reforester ». On peut jouer mais avec sérieux et avec une proposition positive au bout. Ses congénères du duo mixte Zambrano et Rodríguez imaginent, en milieu tropical, un monde privé de lumière et s’appuyant sur les ressources de la nature pour la régénérer.
En Afrique, le collectif béninois ElonM nous incite à une promenade dans les rituels ancestraux, notamment ceux du vaudou, dont ils perpétuent ainsi la mémoire, source de richesse spirituelle pour une culture mondiale en train de s’uniformiser. L’indienne Afrah Shafiq sollicite les illustrés de son enfance, empreints d’héritage soviétique, ayant livré une vision déformée du réel, et également la broderie traditionnelle afin d’évoquer les larmes d’une jeune mariée empruntée à sa culture indienne.
Les européens ne sont pas en reste : le franco-belge Ismaël Joffroy Chandoutis s’inspire du drame des agriculteurs confrontés à une crise sanitaire majeure et se fabriquant un abri compensatoire. Agnès de Cayeux nous invite à un voyage mi-réel mi virtuel, dans un Groenland que nous découvrons grâce à un casque singulier (Sila), et dont on sait le rôle qu’il joue pour l’avenir de la planète.
Tous ces artistes recourent à l’image, ce qui n’empêche pas Camilo Sandoval de nous livrer ses créatures hybrides en poterie, mi-humaines, mi snake. Enfin, le franco-ghanéen Akwasi Bediako Afrane construit d’imposants paysages urbains (Arcade city) à partir des rebuts délaissés par les pays supposés riches. Il s’agit d’un recyclage expédié au pays et qui nous revient sous la forme d’une œuvre d’art, livrée de la part d’une Afrique qui mise sur sa carte à jouer dans un avenir plus proche qu’on ne le croit. À découvrir jusqu’au 16 janvier.
BTN
Plus d’infos : legrenierasel-avignon.fr
Photo : © Afrah Shafiq












