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Toulouse | Les sculptures monumentales d’Eva Jospin investissent la chapelle de la Grave jusqu’au 30 mars

20 Déc 2024 | Arts plastiques, Expositions, Haute-Garonne

En ces périodes où les fêtes chrétiennes approchent, il convient de mettre en exergue l’intervention d’Eva Jospin en la Chapelle de la Grave, à Toulouse. Cette artiste est connue pour des architectures monumentales quelque peu paradoxales puisqu’elle utilise un matériau aussi pauvre que le carton pour ériger ses œuvres qui ne respirent jamais aussi bien que quand elles sont incluses dans d’immenses espaces qui leur sert d’écrin.

Pensons à ses installations au Palais des Papes à Avignon. Elles sont somptueuses, malgré le caractère brut du carton, et façonnées avec une extrême minutie, une incroyable patience surtout en nos époques où l’on privilégie le rapide et le rentable. Sans doute renvoient-elles- aux savoir-faire d’autrefois, quand on prenait son temps pour léguer à l’humanité des œuvres pérennes. Celle d’Eva Jospin est hantée, par le thème de la forêt, dans laquelle on ne peut que difficilement pénétrer et qui est éminemment connotée comme espace d’origine, de liberté, de danger aussi puisque l’on peut s’y perdre. En fait, Eva Jospin cherche à capturer quelques infimes parcelles de cette forêt primitive qui travaille toujours au fond de nos inconscients, à l’instar de l’humanité qui a divisé la nature en territoires qu’elle s’est appropriée. Sauf, bien sûr, que les siens sont des simulacres.

À côté de la forêt, se trouve la grotte, le premier abri, à partir duquel se sont construits tous les autres, domestiques ou sacrés. À l’instar de cette chapelle, justement. Mais elle excelle à édifier des monuments imaginaires, dans un style souvent rocailleux, baroque. Car si la nature joue un rôle de base dans cette production singulière, Eva Jospin ne rejette pas pour autant les productions humaines qui l’ont précédée et qui nous émerveillent encore aujourd’hui. Son œuvre est lucide. Elle se sait et se veut en trompe-l’œil. Le carton s’y révèle d’une ductilité, d’une maniabilité exceptionnelle et Eva Jospin le fait passer de l’état de matériau fonctionnel au royaume des yeux. L’intérieur, ses innombrables stratifications, en est exhibé, exploré, décliné. Il nous prouve qu’il ne faut pas chercher bien loin, dans le réel, les supports artistiques, pour peu que l’on sache observer avec sagacité.

Ceci dit, l’art d’Eva Jospin se déploie aussi en deux dimensions dans ses très riches broderies, telle cette Chambre de soie, présentée dans son écrin de pierre, dans l’Orangerie de Versailles. Dans tous les cas de figure, il s’agit d’inviter le visiteur à la balade en forêt, à la promenade dans ces jardins temporaires… Lesquels pourraient se pérenniser à leur tour.

BTN

Plus d’informations : metropole.toulouse.fr
Photo : Eva Jospin – © B Fougeirol

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