Entretien avec Philippe Saurel maire de la Ville et de la Métropole de Montpellier

philippe-saurel2-©-Mario-SinistajAvec 62 millions d’euros par an et 120 millions d’euros d’investissements prévus sur 2014-2020, la Ville et la Métropole de Montpellier consacrent un des budgets les plus importants en France alloué à la culture. Depuis son élection en mars 2014, Philippe Saurel a souhaité faire de la culture un pilier et une priorité de sa politique au cœur de la Ville et de la Métropole. Dans cet entretien, il revient sur les actions qui ont été menées depuis deux ans et présente les axes d’une culture qu’il ambitionne comme renouvelée et avec de nouveaux visages.

Dès votre arrivée, vous avez souhaité donner un nouveau souffle à la vie culturelle montpelliéraine. Pour cela vous avez mutualisé les moyens entre la Ville et la Métropole en nommant un seul élu délégué à la culture, Bernard Travier et un seul directeur de la culture, Jean-Louis Sautreau. Vous avez souhaité faire évoluer ce choix ?
C’est une bonne chose de mutualiser l’administration entre la Ville et la Métropole. Concernant la culture, nous avons mis en place un groupe de six élus sous la responsabilité de Bernard Travier, adjoint à la culture et Vice-Président, en répartissant les délégations : Guy Barral à l’Occitanie et au patrimoine vivant. Patricia Miralles aux cultures urbaines, qui est la seule délégation de ce type en France. Nicole Liza à la Comédie du Livre, à la poésie et à la littérature. Chantal Levy-Rameau, au patrimoine bâti, qui est à cheval entre la culture et l’architecture, Sonia Kerangueven déléguée au projet du centre d’art contemporain et Sauveur Tortorici délégué aux cultures méditerranéennes.
J’ai souhaité une direction mutualisée et le temps d’installer cette direction j’ai choisi de confier le mandat culture à Bernard Travier. Aujourd’hui cette fonction va se scinder et Sonia Kerengueven deviendra la première adjointe à la culture de la Ville de Montpellier.

Cela fait deux ans que vous avez été élu Maire et Président de la Métropole. Quel premier bilan tirez-vous ?
Aujourd’hui, Montpellier et sa Métropole sont les plus dynamiques en matière d’investissements culturels après Paris. Parmi les grands chantiers, il y en a essentiellement trois que je souhaite réaliser en priorité avant la fin de ce mandat :
[pull_quote_left]J’ai demandé au Département de transférer la compétence culture à la Métropole, car nous sommes très actifs sur ce plan et c’est une bonne chose de regrouper sous notre bannière l’ensemble des lieux et des acteurs de terrain[/pull_quote_left]- L’ouverture du centre d’Art Contemporain près de la gare, fin 2018, début 2019.
– La transformation dans la même période des anciennes archives départementales en archives municipales avec l’ouverture du musée de la Résistance et de la Déportation et d’une salle d’exposition dans la Chapelle des Récollets, dans le quartier des Beaux-Arts.
– La transformation, fin 2019, de la maternité Grasset de l’ancienne Clinique Saint-Roch en Conservatoire à rayonnement régional.
Ce qu’il faut remarquer c’est que dans les trois cas ce sont des friches urbaines auxquelles on donne une vie publique nouvelle à travers la culture. C’est une façon durable de concevoir la construction de la ville, en reconstruisant sur ce qui est déjà existant. Tout ceci se fera sur le trajet du tramway afin d’avoir une douzaine de lieux qui seront à disposition des voyageurs, des touristes et des habitants. On va créer un trajet culturel qui mènera vers des lieux de culture différents et complémentaires, tout en conservant un accès facile avec une priorité à la gratuité. Tout cela est compris dans le budget de la Ville et de la Métropole, sans augmentation d’impôt.

Dans le cadre de la loi NOTRe qui a modifié la répartition des compétences entre les différentes collectivités territoriales, la Métropole peut prétendre à de nouvelles compétences dévolues jusqu’à présent aux Département. Et la culture semble être une de vos priorités ?
J’ai demandé au Département de transférer la compétence « culture » à la Métropole, car nous sommes très actifs sur ce plan et c’est une bonne chose de regrouper sous notre bannière l’ensemble des lieux et des acteurs de terrain. Nous sommes actuellement en discussion et une réponse sera donnée d’ici fin juin-début juillet. Il faut avancer rapidement car les modifications doivent se faire à partir de janvier 2017.

Philippe Saurel a remis la médaille de citoyen d'honneur à JonOne dont l’exposition au Carré Ste-Anne a attiré 115 000 visiteurs
Philippe Saurel a remis la médaille de citoyen d’honneur à JonOne dont l’exposition au Carré Ste-Anne a attiré 115 000 visiteurs

Dans le cas où la compétence « culture » passerait à la Métropole confirmez-vous votre intention de déménager le Centre Dramatique National (CDN) du domaine de Grammont ?
Oui, on a pensé qu’installer le CDN au domaine d’O ne serait pas une hérésie. C’est d’ailleurs le souhait de Rodrigo Garcia, son directeur. Ça donnerait au théâtre une vision extrêmement pertinente et il profiterait d’une meilleure visibilité par rapport au domaine de Grammont qui est un endroit trop discret selon moi. Puis, il bénéficierait de l’effervescence qu’il y a au domaine d’O avec ses manifestations comme le Printemps des Comédiens, Arabesques et tous les autres événements. C’est une manière de mutualiser les moyens.

Vous avez mis certaines priorités dans votre politique culturelle comme la danse, l’art contemporain, le patrimoine, les arts de la rue, le cinéma, la musique. Vous avez donné le cap dans la plupart de vos priorités avec de nouvelles gouvernances, concernant le festival Montpellier Danse, quel est l’avenir ?
La situation de Jean-Paul Montanari est assez claire puisqu’il est sous contrat à durée indéterminée. Il a toute latitude pour mettre en place le festival pour les prochaines années et nous faire des propositions pour l’avenir de ce grand festival. Il sera un acteur de l’avenir de ce festival puisque même après son contrat nous comptons sur lui pour transmettre l’état d’esprit de cette manifestation.

Concernant le cinéma, toute la gouvernance du Cinemed a été modifiée en février dernier. Souhaitez-vous faire entrer cet événement dans une nouvelle ère ?
Oui c’est le souhait que j’avais émis car dans le cadre de la réforme territoriale, Toulouse est devenue capitale régionale et Montpellier doit s’affirmer comme la grande Métropole de la Méditerranée. Le Cinemed illustre parfaitement cette dimension et c’est pour ça que nous le soutenons au maximum.
Nous le faisons dès cette année avec le recrutement de Christophe Leparc en tant que directeur général et l’arrivée de l’ancienne ministre de la culture, Aurélie Filippetti, comme présidente à la place de Henri Talvat qui deviendra président d’honneur du festival.

[pull_quote_right]Aurélie Filipetti fait partie des députés frondeurs qui incarnent une forme de liberté de penser et d’esprit que j’apprécie et qui correspond bien à cette ville[/pull_quote_right]La nomination d’Aurélie Filippetti comme présidente du festival a été une surprise. Qu’attendez-vous de sa présidence ? Sera-t-elle présente malgré son mandat de député en Moselle ?
Aurélie Filippetti est une femme de culture et c’est un honneur qu’elle donne son nom au Cinemed et en quelque sorte à Montpellier. Elle a déjà présidé le Festival International du Documentaire (FID) de Marseille pendant 7 ans et elle a un réel attachement pour la Méditerranée de par ses origines italiennes.
Elle va apporter grâce à ses contacts, son expérience, son image et sa crédibilité de ministre. C’est un autre regard et une autre dimension qui vont être donnés au Cinemed et au cinéma plus globalement dont on souhaite favoriser l’implantation à Montpellier.
Et puis, elle fait partie des députés frondeurs qui incarnent une forme de liberté de penser et d’esprit que j’apprécie particulièrement et qui correspond bien à cette ville.
Techniquement, elle est en relation permanente avec Christophe Leparc et elle sera bien évidemment présente. Je suis en contact direct avec elle et je peux lui demander d’être présente à tout moment. Elle m’a d’ailleurs promis qu’elle serait à nos côtés pour l’inauguration de la Comédie du Livre qui a pour thème « l’Italie » cette année.

Concernant la Comédie du Livre, il y a eu un transfert de compétences de la Ville vers la Métropole avec une extension de la manifestation intitulée « Les Préfaces de la Comédie » sur le réseau des médiathèques. Pouvez-vous nous en dire plus ?
En effet, Bernard Travier s’est chargé de ce dossier avec Nicole Liza en relation avec la Ville. La Comédie du Livre, qui est une manifestation majeure pour la promotion de la littérature organisée par la Ville de Montpellier, s’enrichit cette année d’un partenariat avec Montpellier Méditerranée Métropole. A travers son réseau de médiathèques, elle participe à la diffusion de la lecture et des littératures étrangères dans les villes et villages de la Métropole.
En rapport avec le thème de cette année « les littératures italiennes », nous allons d’ailleurs signer un nouveau jumelage avec la ville de Palerme pendant la manifestation.

Qu’est-ce que ce jumelage avec la ville de Palerme va apporter ?
Il y a plusieurs cultures qui s’entrechoquent avec Palerme : patrimoine, sciences, cinéma, art numérique et l’opéra dont elle possède la troisième scène européenne après Paris et Vienne. Nous avons déjà noué des relations avec l’orchestre, les chœurs, l’opéra, le conservatoire ainsi que des studios de cinéma. Le congrès national de botanique se fera à Montpellier en collaboration avec Palerme.
Ce jumelage mêle culture, université et développement économique et je souhaite que tous les autres jumelages respectent dorénavant ces trois points. Surtout ceux avec les villes de la Méditerranée. Car au-delà des jumelages, il y a cette culture qui est l’apanage de Montpellier, Métropole de la Méditerranée et que l’on peut faire valoir en terme d’image autre que Toulouse capitale régionale. Il faut astiquer Montpellier sous toutes ses facettes pour qu’elle ne souffre pas de la perte de son titre de capitale régionale et j’utilise tous les moyens qui me sont donnés pour cela.

Comme lors de I Love Techno, le Maire de Montpellier tient à donner le tempo de sa politique culturelle sous toutes ses formes
Comme lors de I Love Techno, le Maire de Montpellier tient à donner le tempo de sa politique culturelle sous toutes ses formes

Maintenez-vous le cap concernant les arts de la rue et les cultures urbaines ?
Oui, on maintient notre soutien aux arts de la rue avec notamment les Zones Artistiques Temporaires (ZAT) sur un rythme d’une édition par an pour un budget de 500 000 €. Celle que vient de réaliser Pierre Sauvageot début avril dans le quartier de Figuerolles est une belle réussite et a rencontré un beau succès.
Pour les cultures urbaines et la musique actuelle nous apportons notre soutien à trois festivals : Tohu Bohu sur la Place Georges Frêche, I Love Techno au Parc Expo et Family Piknik sur le site de l’EAI. Ce sont des rendez-vous qui sont maintenant ancrés dans la ville, tout comme le FISE qui est également un vecteur des cultures urbaines et du Street art.

Les expositions dans les lieux de la Ville comme le Carré Ste-Anne, l’Espace Bagouet et le Pavillon Populaire rencontrent une hausse de fréquentation, vous maintenez le cap également ?
Il y a un succès incontestable dans la fréquentation de ces lieux et nous en sommes heureux. Le Pavillon Populaire dédié à la photo reçoit près de 30 000 visiteurs à chaque exposition. J’ai d’ailleurs annoncé les grandes lignes des deux prochaines années pour ce lieu. 2017 sera la saison américaine et en 2018 nous exposerons une rétrospective de Heinrich Hoffmann qui fut le photographe personnel d’Adolf Hitler. C’est une exposition de dimension internationale qui n’a jamais été présentée et qui entrera dans le cadre d’une thématique autour de l’histoire.

Concernant le futur centre d’art contemporain, avez-vous en perspective de créer une collection ?
Nous n’en sommes pas encore là. Nicolas Bourriaud, l’ancien directeur de l’école des Beaux-Arts de Paris et du Palais de Tokyo, a pris la direction de La Panacée et nous lui avons confié le commissariat de la première exposition.
Pour le moment, ce lieu reste simplement un centre d’art. C’est-à-dire qu’il va pouvoir bénéficier de prêt de collections. Il y a des conventions à passer avec le FRAC, avec les collectionneurs locaux et avec les grands musées. Nous nous en tenons à cela pour l’instant, sans exclure en effet, de constituer une collection, petit à petit. Nous n’excluons pas non plus une ou deux résidences d’artistes dans ce nouveau centre d’art.
Notre objectif est d’en faire un endroit populaire et son emplacement à proximité de la gare avec ses 2 millions de voyageurs par an, est un atout. En ajoutant à cela les 100 000 voyageurs quotidiens du tramway. Cela représente un potentiel conséquent de visiteurs par an. Le tarif d’entrée sera très raisonnable.

Au sujet du choix du lieu, que répondez-vous à ceux qui disent que l’art contemporain peut avoir du mal à trouver sa place dans un bâtiment ancien ?
Au moment où j’ai arrêté le projet de musée de l’Histoire de France en Algérie, tout était encore modulable. Les escaliers n’étaient pas terminés, les ascenseurs n’étaient pas posés. Donc tout était encore modifiable. J’ai d’ailleurs demandé à Nicolas Bourriaud de repenser le lieu comme centre d’art contemporain. Il ne faut pas voir celui-ci comme une entité seule. Il va s’inscrire dans un parcours et fera partie d’une émulsion entre La Panacée et les autres lieux d’expositions. Pour moi ce centre d’art c’est Montpellier. Ce n’est pas un musée. C’est un centre pour la ville. Il faut remettre l’art contemporain dans l’espace public. Il faut remettre des symboles et faire en sorte que certains lieux puissent éveiller les consciences. On est en train de faire bouger la ville et on est en train de prendre notre destin en main sur l’innovation, sur la culture.

[pull_quote_left]Il faut remettre des symboles et faire en sorte que certains lieux puissent éveiller les consciences. On est en train de faire bouger la ville et de prendre notre destin en main sur l’innovation, sur la culture[/pull_quote_left]Au niveau du patrimoine, quelles sont les grandes actions menées sur la ville et sur la métropole ?
Nous avons terminé les trois phases du plan pluriannuel de restauration de la Place Royale du Peyrou, financé par la Ville et l’Etat. On va maintenant se lancer dans la réfection des sols. Nous allons restaurer l’Eglise Saint-Roch et nous poursuivons avec l’Etat le Plan Patrimoine Objets Mobiliers sur la restauration des tableaux et des objets de culte.
Depuis les fêtes de fin d’année, nous avons illuminé les façades des bâtiments symboliques de la ville, comme la Cathédrale Saint-Pierre et la Fac de Médecine. Suivront l’illumination du Portail de la Vierge de la Cathédrale et celle du Palais de Justice avec les deux statues, les escaliers et le portique monumental.
Il y a également la rénovation complète du Théâtre du Hangar qui accueillera l’Ecole Nationale Supérieure d’Art Dramatique (ENSAD). Sur la Métropole, nous sommes en train de créer le site archéologique de Murviel-lès-Montpellier avec l’acquisition de la cave coopérative qui accueillera les objets de fouilles qui ont été trouvés depuis plusieurs dizaines d’années.

Plus largement, allez-vous tisser des liens avec les agglomérations voisines, comme celles de Sète ou de Nîmes ?
Oui c’est prévu et ça a déjà été plus ou moins initié à travers des doubles expositions de Hervé Di Rosa et de Manuel Ocampo à Montpellier et à Sète.
Nous souhaitons mettre en place un événement autour de Soulages. Le but est de nouer une relation gagnant-gagnant. Nous ne sommes pas là pour étouffer les autres mais pour construire quelque chose d’intéressant ensemble.

Vous vous êtes également rapproché de la Métropole de Toulouse. Est-ce que cela va se traduire par des liens sur le plan culturel, avec des transversalités ?
Oui, c’est déjà le cas avec le Festival de Radio France qui accueillera à Montpellier l’Orchestre de Toulouse. De même pour Montpellier Danse avec le Ballet de Toulouse. Notre prétention est de travailler ensemble dans des domaines qui nous vont bien et de le dire.

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