Entretien avec Kléber Mesquida president du Conseil Départemental de l’Hérault

Kléber Mesquida, président du Conseil Départemental de l'Hérault

A l’occasion des 30 ans du Printemps des Comédiens et d’une campagne valorisant des événements de l’été dont les sept festivals portés par le Conseil Départemental de l’Hérault, le président Kléber Mesquida évoque dans cet entretien ces rendez-vous qui sont chers à l’institution. Il précise les actions menées en faveur de la culture notamment à travers l’action qui est menée sur les deux domaines départementaux. Il apporte également un éclairage sur sa position au sujet de la compétence « culture » qui a récemment fait débat dans le cadre du transfert de compétences comme le prévoit la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République).

Vous venez de lancer récemment une campagne réunissant tous les festivals de l’Hérault « Oooh les festivals en Hérault ! », est-ce dans le but de montrer l’importance de votre action en ce domaine ou une mutualisation de moyens ?
Le Département assure de longue date une programmation culturelle de très haut niveau. Cette année, les 30 ans du Printemps des Comédiens et les 10 ans de Folies d’O, sont l’occasion de montrer au public héraultais combien le Département est attaché à l’excellence d’une offre culturelle partout et pour tous.
Fédérer en un seul événement l’annonce de l’ensemble de nos festivals a été effectivement une manière pour les héraultais d’avoir un panorama général de cette offre culturelle unique, en leur permettant de rencontrer en direct chacun des directeurs artistiques.

Hormis, les 7 festivals qui font l’objet de cette campagne, comment s’effectue votre aide aux autres événements sur le territoire de l’Hérault ?
Outre ces sept festivals, et l’offre culturelle sur toute l’année, qui rayonne sur l’ensemble du territoire, comme par exemple le Grand Tour qui amène le spectacle vivant de la programmation annuelle de SortieOuest jusque dans les petites communes des Hauts cantons, nous aidons des centaines d’associations de l’Hérault dans la musique, la danse, le théâtre, la lecture. Notre soutien à la diffusion s’élève à 2,9M€ dont 1,5M€ pour les festivals (Printemps des Comédiens, Arabesques, Radio France, Folies Lyriques mais aussi Festival de Thau, Fiesta Sète…).
Par ailleurs, nous mettons en place des dispositifs en direction des jeunes et des publics prioritaires pour un montant annuel de 415 000€ : collégiens, personnes en maisons de retraites, enfants des maisons à caractère social, bénéficiaires de minima sociaux, avec nombre d’opérations telles que : Chemin de la culture, Collège en tournée, Ultrason, Culture en Arc en Ciel, Pouss’Culture, Une saison pour vous… Vous voyez que le Département est très présent pour porter la culture et l’art vivant toute l’année et pour tous les héraultais.
Vous remarquerez que Saperlipopette se produit chaque année en itinérance sur les routes du département, et que le Printemps des Comédiens a installé Zingaro dans le biterrois. Ce n’est pas anodin !

« En 2016, le budget de la culture est maintenu avec 10M€ en fonctionnement et 2M€ en investissement »

En 2015, le budget global du Conseil départemental dédié à la culture était de 10,5 M€ en fonctionnement et 1,7 M€ en investissement, qu’en est-il en 2016 ?
En 2016, le budget est maintenu avec 10M€ en fonctionnement et 2M€ en investissement. Nous avons tout mis en oeuvre pour maintenir ce budget et développer la communication, et ce malgré la baisse de la dotation de l’Etat.

A la lecture d’une étude que vous avez commandée : pour 1€ investi (aide aux festivals), on évalue à 6,5€ les retombées économiques. Qu’est-ce que cela vous évoque et comment évaluezvous ces retombées lors de ces événements en terme de répercutions : sociales, économiques… ?
La culture est lieu de cohésion sociale et un facteur d’attractivité territoriale. Les citoyens ont besoin de la culture pour s’élever, se rencontrer, partager de la pensée, des émotions et de la beauté. Dans ces temps où la démocratie est mise à mal, nous en avons besoin plus que jamais. Avec l’éducation, elle est le pilier de la démocratie. Comme disait Victor Hugo « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ».
Quant à l’aspect économique, la culture est le principal facteur d’attractivité pour le tourisme dont le marché est en pleine croissance. Selon l’IGAC (Inspection Générale des Affaires Culturelles) le poids de la culture dans l’économie était de 58 M€ de valeur ajoutée en 2011 (3,2% du PIB), soit un montant comparable au secteur de l’industrie et de l’agroalimentaire. Elle représente un apport de 105 M€ dans l’économie et génèrerait 670 000 emplois dans les entreprises culturelles.

« Le projet culturel que nous avons pour les héraultais est ambitieux, cohérent, juste et nécessaire »

Actuellement, la compétence culturelle du Conseil départemental fait débat avec un transfert ou pas de celle-ci à la Métropole de Montpellier, quelle est votre position à ce jour ?
J’ai toujours été ouvert à toutes les discussions avec le Président de la Métropole. Nous nous sommes rencontrés à trois reprises et nos échanges se sont toujours déroulés dans un esprit courtois où chacun a pu s’exprimer librement.
Je constate que nous ne sommes pas d’accord sur le transfert de la compétence culturelle car je souhaite que le Conseil départemental puisse conserver cette compétence et l’exercer pleinement sur l’ensemble du territoire héraultais. J’ai avancé la proposition de créer un Etablissement Public de Coopération Culturelle en proposant à la Métropole de participer à sa gouvernance.

Pour quelle raison, tenez-vous à conserver cette compétence ?
Ces actions sont financées par l’ensemble des contribuables héraultais ; il est normal qu’elles bénéficient à l’ensemble de la population, qu’elle se trouve sur le territoire de la Métropole ou dans le reste de l’Hérault.
Mon objectif n’est pas de rajouter des strates au millefeuille, mais bien au contraire de fédérer les 343 communes de l’Hérault (1,3 millions d’habitants) dont 31 se trouvent sur la Métropole (480 000 habitants) Il n’y a aucune volonté hégémonique de ma part, bien au contraire.
Je souhaite que cette culture soit mise en partage et qu’elle devienne le lien qui nous rassemble. Si demain, nous devions perdre cette compétence, alors le Conseil départemental ne pourrait plus intervenir sur le territoire de la Métropole et ne pourrait plus soutenir les initiatives culturelles de ses communes ou de ses associations. Je suis profondément attaché à l’équité et je ne souhaite pas qu’il y ait un traitement différencié entre les Héraultais. Le projet culturel que nous avons pour les héraultais est ambitieux, cohérent, juste et nécessaire.
Notre département a besoin de la culture et la culture a besoin de notre soutien. Dans cette grande Région où le pôle décisionnel est à Toulouse, la force de la Métropole viendra de l’Hérault, et inversement, la force de l’Hérault viendra de la Métropole.

Recueilli par Stéphane Jurand

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