Entretien avec Frédéric Lacas sur la politique culturelle de l’Agglomération Béziers Méditerranée

Frédéric Lacas : « Il faut avoir une vision ambitieuse et penser au court, moyen et long terme »

Depuis son élection à la tête de l’Agglomération Béziers Méditerranée, Frédéric Lacas a mis la culture au centre des projets de développement de la collectivité. Lui qui est également le maire de Sérignan, ville à la forte activité culturelle, s’appuie sur les équipements déjà en place, tels que la Médiathèque André Malraux ou le Conservatoire de musique mais également sur le riche patrimoine du territoire, comme les écluses de Fonseranes, classées à l’UNESCO. Dans cet entretien, le président de l’agglomération présente sa vision d’une culture qu’il souhaite ouverte et fédératrice, en lien avec les différentes structures du territoire et avec des ambitions sur le long terme.

Vous avez mis la culture au centre des projets de l’Agglomération Béziers Méditerranée. Qu’est-ce qui vous a motivé dans ce choix ?
La culture est une de nos priorités, un de nos axes majeurs. Le pilier de l’Agglomération Béziers Méditerranée est l’attractivité du territoire et quoi de mieux que la culture pour créer ce lien social et transversal. La culture fait appel au passé mais pas seulement, elle apporte aussi de la nouveauté et permet de garder un esprit critique. A l’image de l’art contemporain que n’aiment d’ailleurs pas certaines idéologies.

Quel budget représente la culture dans l’agglomération ?
Ce budget dépend des établissements culturels que nous avons dans l’agglomération, comme la Médiathèque André Malraux à Béziers qui a été un investissement de plus de 30 millions d’euros et qui demande un budget de fonctionnement annuel de 3 millions d’euros. [pull_quote_left]La médiathèque devient gratuite pour tous. C’est un tournant dans notre politique culturelle[/pull_quote_left]Pour favoriser l’accès de tous aux savoirs et à la culture, sans distinction, j’ai décidé de rendre la médiathèque gratuite pour tous les habitants du territoire. C’est un acte fort qui marque un tournant dans nos politiques culturelles. Nous avons aussi le conservatoire de musique qui est assez conséquent. Il a fallu le remettre à niveau en 2012 et nous l’avons rendu encore plus performant en décrochant le classement à rayonnement départemental attribué par le ministère de la culture et de la communication.

A quoi correspond ce classement à rayonnement départemental ?
C’est un moyen d’intégrer la culture dans tout le territoire. Le conservatoire dispose de sept sites d’enseignement sur le Biterrois, avec comme site principal un château du XIXe siècle, dans une zone de quartier prioritaire, la Devèze à Béziers. Je ne désespère pas que nous puissions le doter d’un auditorium de qualité au centre ville de Béziers, au Théâtre des Franciscains. J’en discute régulièrement avec le maire de Béziers… A défaut, nous devrons trouver un autre endroit.
Ce qui est essentiel, c’est que nos jeunes du biterrois ne soient pas obligés de sortir du territoire pour apprendre la musique et avoir accès à des formations et des diplômes de qualité. Tout en se mettant en réseau avec d’autres rayonnements interdépartementaux tels que le narbonnais, le montpelliérain ou dans les Pyrénées- Orientales.

C’est d’ailleurs une des volontés de l’agglomération que de se mettre en réseau avec les différentes structures avoisinantes…
Effectivement, j’ai souhaité cela dès le début de mon mandat. Il ne faut pas s’enfermer sur un territoire, au contraire il faut s’ouvrir. Par exemple, nous avons lié les établissements culturels de l’agglomération avec des établissements scolaires. C’est le cas avec le MRAC (Musée régional d’art contemporain) de Sérignan pour les expositions, la Cigalière et sortieOuest pour les spectacles vivants.
On s’exporte même l’été auprès des touristes avec l’opération « Lire à la plage » à Valras et demain à Sérignan afin que les visiteurs puissent garder un lien avec la culture sur leur lieu touristique.

Etude du réaménagement du Coche d'Eau © ALEP_INCA
Etude du réaménagement du Coche d’Eau © ALEP/INCA

Concernant le patrimoine, vous avez lancé en décembre dernier un grand chantier de rénovation et d’aménagement du site des 9 écluses de Fonseranes à Béziers. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Ce site est la vitrine de Béziers Méditerranée. C’est la Tour Eiffel du Canal du Midi, avec 450 000 visiteurs annuels. Mais il est difficilement accessible. C’est un exploit pour y arriver ! Bien que ce soit le site le plus visité de l’Hérault et le troisième de la région après la Cité de Carcassonne et le Pont du Gard, il n’est pas assez mis en valeur, ce qui est aberrant. Nous avons donc lancé une campagne de requalification qui s’étale jusqu’en 2017.
Elle comprend la création d’un parking, une mise en scène et une mise en lumière des écluses. Le bâtiment du Coche d’Eau s’offrira quant à lui une seconde jeunesse et accueillera une salle d’exposition, un point restauration et une boutique. Nous étudions également le projet d’une liaison téléphérique entre Fonserannes et l’acropole de Béziers afin d’attirer vers le cœur de ville ces 450 000 visiteurs.

[pull_quote_right]La culture fait appel au passé mais pas seulement, elle apporte aussi de la nouveauté et permet de garder un esprit critique[/pull_quote_right]Avez-vous également le projet d’inscrire ce site parmi les Grands Site de France ?
Effectivement, nous nous sommes alliés avec différentes institutions pour que demain il y ait un projet de préfiguration « Grand Site de France » entre le Pont-Canal, Fonseranes, le tunnel de Malpas, l’Oppidum d’Ensérune et l’étang asséché de Montady. C’est ce type d’ambition pour le territoire que nous devons avoir à 15/20 ans. Il faut avoir une vision ambitieuse et penser au court, moyen et long terme. Il y a eu trop de projets ponctuels dans les intercommunalités et je ne suis pas sur cette dynamique.

Pour terminer cet entretien et plus personnellement, qu’est-ce qui vous passionne dans l’art, dans la culture ?
Je suis un curieux de tout et un pas- sionné. J’adore la musique classique, Bach, Mozart. Ma culture est éclec- tique. En tant que médecin, je ne me suis pas cantonné à rester généraliste. J’ai fait d’autres formations, comme de l’ostéopathie, de l’énergétique, de l’hypnose… C’est la même chose pour la culture. J’aime bien également la philosophie. Sur le plan artistique, je suis attiré par l’originalité comme par exemple l’art modeste que l’on peut apprécier à Sète notamment à travers un musée qui lui est consacré. Et enfin, je marche au coup de cœur.

LAISSER UN COMMENTAIRE